Haïti : Quand Adoption Rime Avec Transaction
Haïti : Quand Adoption Rime Avec Transactionwww.haitiquotidien.com - Saturday October 24, 2009
Sur le tarmac surchauffé de l'aéroport Toussaint Louverture à Port-au-Prince, pas un jour ne passe sans qu’un enfant d'Haïti n'embarque sur un vol international, accompagné de ses parents adoptifs ou d'un représentant d'un organisme d'adoption. Beaucoup partent vers l’Europe : Haïti est en effet devenu un gros "fournisseur" d’enfants adoptables : le premier pour la France, un des principaux pour la Belgique et la Suisse. Plus de 400 petits Haïtiens sont adoptés chaque année en France et une cinquantaine en Belgique. Dans ce pays, leur nombre est en baisse, "notamment à la suite d'une campagne qui dénonçait les mauvaises pratiques d'adoption en Haïti", explique Gerrit De Sloover, le vice-consul honoraire de Belgique en Haïti, consultant sur les questions liées à l'adoption internationale. De 300 à 400 dans les années 1990, le nombre de dossiers d'adoption internationale d'enfants haïtiens déposés par an à Port-au-Prince, à l'Institut du bien-être social et de la recherche (IBESR) est aujourd'hui compris entre 1 000 et 1 500. Exactement 1 367 pour la période d'octobre 2007 à octobre 2008. Cette augmentation résulte du fait qu’Haïti est un des rares pays à n'avoir pas encore ratifié la Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale, qui fixe un cadre éthique clair et pose comme principe qu’un enfant n’est adoptable que lorsque aucune famille ne peut l’accueillir dans le pays même. Business Souvent portée par un vrai désir d’enfant du côté des parents, l’adoption internationale apparaît sur le terrain comme un véritable business. En 2005, la procédure pouvait coûter aux adoptants entre 5 000 et 6 500 $ US en moyenne, selon l'Unicef, y compris les frais d'avocats engagés par les crèches et ceux de procédure. Aujourd'hui, on approche des 10 000 $ US. L’offre a toujours existé du côté haïtien, témoigne Geerit De Sloover, mais la demande a augmenté récemment. Les maisons d'enfants ont dès lors pullulé dans le pays. En 2008, 66 crèches étaient accréditées par l'IBESR (contre 47 en 2005), dont une majorité à Port-au-Prince. Mais leur contrôle par l'Institut est problématique, compte tenu du manque de moyens de l'institution et du manque de volonté de sa part. Aux dires du directeur adjoint de l'IBESR lui-même, M. Casseus, les crèches seraient beaucoup plus nombreuses que celles accréditées par l'Institut, "près de deux cents", lâche-t-il, sans en avoir l’air très certain. Selon l'Unicef, "l'adoption internationale via des organisations privées qui n'ont pas reçu l'autorisation est malheureusement possible". "Je connais des cas où des crèches non reconnues sous-traitent à des crèches accréditées", affirme Gerrit De Sloover. Car "parfois, certains n'ont pas assez d'enfants 'en stock', explique X. V., directrice depuis dix ans d'une crèche à Port-au-Prince. Ils vont donc en chercher ailleurs" pour répondre aux désirs des parents adoptifs. "J'ai reçu nombre de courriels de parents, toujours les mêmes : 'nous avons l'autorisation d’adopter, nous cherchons un enfant, une fille'", poursuit-elle. Contrôle de pure forme Les petits qui présentent des "défauts" ne sont guère prisés : les plus âgés et les malades ont peu de chance d'être adoptés et certaines crèches tournées exclusivement vers l'adoption internationale ne les acceptent pas. De plus, la majorité des enfants adoptés en Haïti ont toujours des parents en vie, soit les deux, soit l'un d'eux, une tante, une grand-mère... à qui ils sont littéralement "achetés" pour être confiés aux adoptants. "Il semblerait que certaines crèches donnent de l'argent à la famille", reconnaît M. Casseus. Le plus fréquent est que des gens liés à la crèche recherchent activement des mères pauvres et leur proposent de mettre leurs petits en adoption. "Une fois les papiers signés, on va leur expliquer ce qu'est l'adoption. Ce n'est pas illégal, mais illégitime et abusif", explique Gerrit De Sloover, qui estime cependant que ces cas seraient moins nombreux qu’en Inde. Parfois, l’initiative vient des parents. On a beaucoup parlé de vente d'enfants en Haïti. Le cas d'une maman ayant vendu les deux siens pour 500 gourdes (10 €) a fait du bruit. "Les parents, dans l'incapacité de s’occuper de leurs enfants, viennent les placer", explique X. V. L'absence de sécurité sociale, de garantie pour les vieux jours, le haut taux de mortalité infantile poussent les parents à avoir beaucoup d'enfants dans l’espoir que quelques-uns s'occuperont d'eux plus tard. Pour le directeur adjoint de l'IBESR, de nombreux parents sont conscients de ce qu'ils font lorsqu'ils placent leur enfant dans une crèche, et se bercent d'illusions en se disant qu'un jour celui-ci les fera voyager... La législation haïtienne, en effet, ne reconnaît pas l'adoption dite plénière qui implique une rupture des liens de filiation avec les parents biologiques. Elle entre ainsi en contradiction avec nombre de législations étrangères. Au moment de donner leur consentement, beaucoup de parents ne sont pas bien informés, et de plus, une majorité signent des documents qu'ils ne savent pas lire
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