L’heure De Vérité A Sonné! Par J. L. Nelson
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Le séisme,, qui le 12 janvier 2010, a ravagé la Capitale haïtienne et les villes importantes comme : Léogane, Petit Goave et Jacmel, a mis à nu l'incohérence, l'inefficacité de l'État haïtien et son incapacité à répondre aux vœux les plus élémentaires de la population sinistrée..
Jetons un regard révélateur sur certains faits. Plus de soixante douze heures après cette catastrophe, l'État, devenu invisible à l’œil nu, enseveli, en partie sous les décombres, gisait lamentablement, sans aucune gêne dans sa déconfiture. Il ne manquait que le requiem! . On aurait pu dire que les édifices de l'État se sont écroulés avec tous leurs occupants. La Police, Corps assurant la sécurité publique du pays était absente. Problème de communication, selon un proche du gouvernement, à Port-au-Prince. Les policiers aussi ont été victimes, raconte un autre . Qui peut expliquer. comment et en vertu de quelle règle, une force de sécurité en difficulté devrait abandonner sa zone d’intervention ? Où était passé le 12 janvier, ce que dans tous les Corps légalement constitués, on appelle : chaîne de commandement? Les seuls moyens de communications de la Police nationale n’étaient donc que le téléphone et la radio. Dans la guerre contre la criminalité ou pour la protection de la sûreté de l'État, n'importe quel futé pouvait aisément donc déjouer les responsables de la Police et atteindre son objectif, en interceptant les communications. Le drap est maintenant levé. Notre police n’était alors qu’une Police de façade, de pacotilles. Une vitrine, quoi! . Parlons de la présidence maintenant. Ah! oui, dit-on, le Président était en état de choc. C’est un humain, tout de même! Néanmoins, tout le monde devrait savoir que lorsque quelqu’un se présente devant la population et sollicite sa faveur, surtout pour le poste de président, en dehors des privilèges attachés à la fonction, les devoirs et les engagements pris sont aussi importants, sinon plus pour un véritable leader. Un Général blessé sur le champ de bataille reste un homme mais aussi un Général qui n’a pas le droit d’abandonner sa troupe sous aucun prétexte au risque de se déshonorer et d’être jugé en Cour martiale. Mais en Haïti, il faut nager pour sortir de l’eau tout comme, il faut planter du «mazoumbel» pour manger. Vous voyez le lien. Qu'est- ce que les plus de 212 000 morts ont à voir avec ce qui se passe dans la chambre du Président? Par ailleurs, à peine quelques heures après le séisme, les plus de un million de sinistrés, de sans abris, les éclopés et les personnes traumatisées par la perte d'un ou de plusieurs membres de leur famille, étaient -ils intéressés à savoir de quoi se compose le menu du plat du midi du Président de la République, du Premier Ministre ou des membres de l’équipe au pouvoir? Ces survivants sont plutôt - et c’est fort compréhensible - préoccupés par leur propre quotidien, leur avenir et celui de leurs enfants affamés et sans eau potable. En moins d'une minute, comme l'édifice qui l'abritait, le Ministère de l'intérieur et des Collectivités territoriales qui a la responsabilité de gérer les secours d'urgence, a démontré son in-efficience, son incapacité à sauver la vie ne serait-ce que d’une seule personne. Port-au-Prince est aujourd'hui devenu une gigantesque bidonville à ciel ouvert, avec un petit peu plus d'immondices qu'avant, déclare un journaliste étranger, dans l'un de ses reportages sur Haïti. Depuis quand, et dans quelle société le choix d'évacuer sa demeure lors d’une catastrophe, revient aux seuls occupants d’une maison, d'un immeuble ou d'une ville? Ce qui est valable pour un logement, l'est aussi pour une ville. En cas d'évacuation, les autorités responsables dirigent les gens évacués à des points de rassemblement ou d'hébergement temporaires et appropriés! La ''direction de la protection civile'' avait-t- elle prévu un plan d'urgence? Ou bien les responsables n'attendaient-ils que l'arrivée des saisons cycloniques tout comme ceux et celles qui surveillent la période carnavalesque, pour faire choux gras et s'enrichir? Aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins. Il a fallu trente sept petites secondes, oui, trente sept petites secondes, pour mettre à nu deux cents ans de gestions anarchiques, de coups d'État, de gabegies administratives et de corruption généralisée. Et, au lieu de tirer des leçons de cette catastrophe, les membres de l'équipe au pouvoir, deviennent de plus en plus ombrageux et arrogants. Aucun appel n'a été lancé aux autres secteurs organisés de la population afin d'apporter leur contribution à la gestion de la crise post- séisme. On parle beaucoup de reconstruire Port-au-Prince, la capitale du pays, de Léogane et de Jacmel. On ne pense même pas que le 12 janvier 2010 doit nous servir de point de départ pour la construction d'un nouvel État. Un État qui n'a encore jamais existé en Haïti. Ce 12 janvier 2010 a consacré la mort de cet État prédateur depuis longtemps moribond et agonisant, vieux de plus de deux cents ans. Il faut maintenant chanter ses funérailles et bâtir un autre, moderne, juste, à la dimension des valeurs du peuple haïtien D’abord, il nous faut une nouvelle Capitale pour Haïti. Ce n'est pas sans raison que les Pères- fondateurs ont résolu, après l'indépendance, de placer la Capitale à l'intérieur du pays. Aujourd'hui, dans la construction d’une nouvelle Haïti, nous devons penser à ériger la Capitale, ailleurs qu’à Port-au-Prince, préférablement entre les deux failles Certes, ce point de vue va faire monter au créneau les fanatiques. Pourtant, nous devons regarder la réalité en face. À part Haïti, bien sûr, quel autre pays a sa Capitale aussi proche de la frontière d'un autre pays? À moins de trente minutes de Malpasse, nous sommes déjà aux Champs de Mars. La Capitale pue. Elle a perdu son arrogance de République. Mais, elle ne doit pas être non plus abandonnée sous les piles d'immondices. Au contraire, l'ancienne Capitale doit se lever, devenir une ville moderne, avec des constructions appropriées et selon les normes anti-sismiques en vigueur dans d’autres pays. Ce sera un endroit où il fera bon de vivre. Quels seront les artisans de cette nouvelle Haïti? Nous assistons malheureusement à une vente aux enchères de ce qui reste du 12 janvier 2010. Les membres de l'équipe au pouvoir sont prêts à remettre la gestion du pays à la Communauté internationale. Serait-ce pour obtenir une prolongation de D'autres, assis sur le banc de touche, ayant, dans le passé, contribué à creuser la tombe du pays, sont en train de s'échauffer en se préparant fébrilement à intégrer ou à d'accaparer du pouvoir, à n'importe quelle condition. Si aujourd'hui, on parle encore d'Haïti, les projecteurs ne sont plus sur le pays. Ils sont ailleurs. D'autres évènements et catastrophes naturelles les ont poussés loin de la réalité de notre île. À bien y penser, nous devons nous-mêmes construire ce pays qui est nôtre avec ou sans aide. Nous n’avons aucun autre. choix. Après le séisme de 1842 qui a dévasté autant le Nord que l'ouest d’Haïti et qui a causé la chute du Président Boyer, que quelqu’un nous dise, qui nous a aidé à reconstruire notre pays? Une opportunité à ne pas rater Des éfforts consentis par des gouvernements antérieurs qui ont voulu redressé la situation et certaines lois votées, n'ont pas eu le déssus des forces qui ont toujours voulu garder le pays dans ce marasme d'où il est trop longtemps plongé.. Aujourd'hui, une nouvelle occasion nous est offerte. Elle est en or, cette fois-ci. Afin que la mémoire des deux cent mille morts du séisme soit honorée et que ces derniers reposent en paix, sautons sur cette occasion pour créer les conditions de vie nécessaires et indispensables aux milliers d’estropiés et de handicapés laissés sur le terrain. Les cris douloureux des familles endeuillées vont continuer de résonner dans nos oreilles. Il faut saisir cette occasion pour montrer à nous-mêmes d’abord, et au monde entier, ce dont sont capables les enfants de Boukman, de Toussaint, de Dessalines, de Pétion, de Christophe, de Capois et de tous ces vaillants anonymes qui ont forgé notre belle histoire. Il faut organiser un grand konbit afin d’inventer et de créer une vie meilleure aux générations à venir. Seuls des hommes et des femmes éclairés et visionnaires, dévoués, combatifs et nationalistes pourront mener à terme ce projet national. Construire un nouvel État, refonder la Nation haïtienne, redonner sa fierté au peuple, regagner notre souveraineté perdue, réapproprier notre identité amputée. tout un programme qui exige la participation de tous les valeureux patriotes. Nous ne pouvons pas attendre demain. Il sera peut-être trop tard. La marche vers cette nouvelle Haïti doit commencer aujourd'hui même, avec la contribution de chaque Haïtien et de chaque Haïtienne L’heure est venue de ne pas rater cette occasion qui pourrait être la dernière offerte à nous en tant que peuple, car contrairement à certaines croyances répandues au sein de nos communautés, l’histoire nous montre que les peuples peuvent disparaître. Accepter ou subir l’assimilation ou se fondre dans un autre peuple, mourir ou résister. À nous de choisir notre destin. Jean Laurent Nelson Posted by Sylvio Gousse on 3/15/10 8:34 PM
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